Soyons clairs : lorsqu’une rue est bondée, chacun doit faire preuve de bon sens. Les cyclistes doivent rouler au pas (6km/h), céder la priorité aux piétons et, si nécessaire, descendre de leur vélo. Telle est l’ancienne règle qui était en vigueur1 de 10-12h et 15-19h en hiver et de 10h30-23h en été. En dehors de ces horaires, les vélos pouvaient rouler jusqu’a 20km/h tout en cédant la priorité aux piétons, zone de rencontre oblige. En revanche, le nouvel arrêté municipal2 de ce mois de juillet 2026 va beaucoup plus loin : il impose désormais de pousser son vélo dans l’hypercentre. Cette mesure est disproportionnée… car elle pénalise tous les usagers, à cause du non respect de certains. Supprime t’on une route alors qu’une fois derrière le volant, certains Millavois roulent à plus de 70km/h en zone 30km/h3 ? L’immense majorité de la journée, les petites rues de Millau, restent peu fréquentées : avant l’ouverture des commerces, quand les parents accompagnent les enfants à vélo, après la pause dominicale, hors saison…
Un rappel des règles, davantage de pédagogie, une présence ponctuelle de la police municipale ou une réglementation limitée aux périodes de forte fréquentation auraient probablement permis d’atteindre le même objectif sans interdire systématiquement le vélo. Le problème est qu’aujourd’hui, cette interdiction ne s’accompagne d’aucune alternative.

Le véritable sujet : comment traverse-t-on Millau à vélo ?
Interdire les vélos dans l’hypercentre pourrait être parfaitement compréhensible… si un itinéraire cyclable sécurisé permettait de se déplacer à vélo sur des axes prédéfinis. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Les boulevards de la République et de l’Ayrolle voient passer plusieurs milliers de véhicules. À l’Ayrolle, ce sont 5416 véhicules qui y circulent chaque jour2 (moyenne lissée sur 12 mois, pointe à 8000 véhicules/jour en saison !), le CEREMA recommande donc de créer une piste cyclable… ce qui n’a pas été fait, malgré l’ancienne municipalité, ouvertement pro-vélo.
« Les cyclistes les plus expérimentés roulent sur la chaussée. Les plus fragiles — familles, enfants, personnes âgées — renoncent tout simplement… ou se réfugient parfois sur les trottoirs, ce qui est interdit. Ce n’est pas une excuse. C’est le symptôme d’un réseau qui n’offre pas d’alternative » Association VéloMillau
Notre demande n’est pas de donner davantage de droits aux cyclistes. Nous demandons simplement que chacun dispose de sa place : des trottoirs sûrs pour les piétons, quelques pistes pour traverser la ville à vélo et une chaussée adaptée aux voitures. Tout ça en tenant compte des enjeux actuel, comme arriver à garer sa voiture facilement en premier lieu : les parkings sont trop souvent plein, celui des Hortes mériterait, par exemple, d’être agrandi sur plusieurs étages. Cela passe par construire un schéma directeur des mobilités, déjà demandé par de nombreuses associations dont In’VD et VéloMillau.
Plus de vélos, c’est aussi plus de places pour les voitures
On oppose souvent voiture et vélo. Pourtant, les deux sont complémentaires. La réalité est simple : chaque personne qui vient en ville à vélo libère une place de stationnement pour quelqu’un qui a réellement besoin de sa voiture : artisans, professionnels de santé, personnes âgées… À Millau, où les parkings sont régulièrement saturés, favoriser les petits déplacements à vélo permet justement de faciliter les déplacements en voiture lorsqu’elle est indispensable. Rappelons que 65% des trajets entre 2 et 5km se font en voiture3. À la campagne, le vélo n’est pas l’ennemi de la voiture. À Millau, un cycliste est aussi un automobiliste.

Une occasion manquée
Les travaux, ca coute cher au contribuable Millavois. C’est pour cela que les aménagements sont en général réalisés quand il y a besoin de s’occuper de la chaussée (fuite d’eau, électricité, chaussée dégradée…). Cela arrive une fois tous les 20 ans en moyenne. En 2024-2025, les boulevards de l’Ayrolle et de la République ont été entièrement refaits. La loi d’orientation des mobilités4 prévoit pourtant que les réfections de voirie doivent obligatoirement intégrer des aménagements cyclables. Aucun aménagement n’y a été réalisé. Les recommandations du CEREMA sont claires : lorsque le trafic dépasse environ 4 000 véhicules par jour la séparation entre voitures et vélos devient la solution la plus sûre. Sans aménagement, les automobilistes doivent dépasser des cyclistes, ralentir, puis parfois être redoublés quelques mètres plus loin. Une piste cyclable aurait simplifié les déplacements de tout le monde. Sans aménagement, aucun parent ne laissera son enfant aller à l’école en vélo tout seul : nos écoles sont devenus malgré nous des drives, on y dépose et on y récupère nos enfants. Pas étonnant que la France se classe 119e sur 146 pays pour le niveau d’activité physique et sportive des adolescents5. Comme le rappelle le Conseil Départemental de l’Aveyron, « les infrastructures sont le socle de la pratique »6. En lieu d’une piste cyclable, la municipalité et les services techniques ont proposé un itinéraire alternatif qui emprunte les petites rues de l’hypercentre ! L’association VéloMillau l’a jugé inadmissible et a attaqué en justice7 avec la FUB et le Collectif Vélo Occitanie, à juste titre, la municipalité : il est plus long, ne dessert pas aussi bien le collège ni l’école Jules Ferry, le futur cinéma, les commerces… et il est plus complexe à certaines heures car, si vous avez bien lu, il fallait rouler à 6km/h en zone et aire piétonne. Avec l’interdiction d’être sur son vélo, la municipalité confirme implicitement son très faible intérêt. La médiation judiciaire de VéloMillau est prévue à la rentrée 2026.

Débunkons 5 idées reçues
« les cyclistes ne respectent jamais le Code de la route »
C’est vrai. Certains cyclistes grillent par exemple les feux rouges. Attention quand même à bien vérifier que les feux rouge ne soient pas munis d’un panneau M12 (ils sont tout petits) qui autorise les cyclistes à passer (en cédant le passage), ce qui est souvent le cas à Millau. Cette priorité permet de fluidifier le trafic : si vous êtes derrière votre volant, vous n’avez pas besoin d’attendre que le cycliste démarre à son rythme une fois le feu au vert. Avec le M12, il est déjà bien loin !

« les cyclistes roulent sur les trottoirs »
C’est interdit (sauf pour les enfants de moins de 8 ans). Mais pourquoi autant de personnes le font-elles malgré tout ? Parce qu’elles ne se sentent pas suffisamment en sécurité sur la chaussée. Les compteurs citoyens Telraam montrent par exemple que certaines vitesses pratiquées restent très supérieures aux limitations2. Encore une fois, ce n’est pas une justification. C’est le symptôme d’un manque d’aménagements adaptés. Boulevard de Soulobres, les vitesses (comptage nuit et jour en mai) étaient de 68.5km/h au lieu de 30km/h : cela représente énormément d’infractions, même en repassant la route à 50km/h. Comment alors, en vouloir à une personne âgée d’emprunter le trottoir ? Quant aux trotinettistes et vélos débridés… ils sont comme les fous du volants et doivent être sanctionnés. Enfin, certains cyclistes roulent sur les trottoirs, car les aménageurs l’ont prévu ainsi sur certaines voiries (Bd « du Lycée » Pierre Mendès par exemple). Personne n’aime ca : cela créer une mauvaise image, des incompréhensions et des mauvaises habitudes.

« il n’y a pas assez de cyclistes pour construire des pistes »
C’est exactement l’inverse. Ce ne sont pas les cyclistes qui créent les pistes. Ce sont les pistes qui créent les cyclistes. Toutes les villes qui ont développé un réseau continu ont vu la pratique augmenter fortement. Les familles et les seniors ne demandent pas de devenir sportifs. Ils demandent simplement de pouvoir se déplacer en sécurité. Remercions les 6,2% des habitant.e.s qui circulent déjà à vélo2 à Millau et libérent ainsi une part conséquente de la voirie, en totale discretion, pour ceux qui en ont vraiment besoin : infirmiers, artisans, personnes âgées…
« les cylistes ne prennent pas les pistes cyclables »
Encore faudrait-il qu’il y en ait. À Millau, il s’agit essentiellement de voies vertes, pas de véritables pistes cyclables. Ces voies sont utiles et appréciées : on y voit beaucoup de cyclistes tôt le matin ! Mais l’avenue de l’Aigoual ou le secteur de Millau-Plage, par exemple, sont très fréquentés en été. Entre les familles, les personnes âgées et les touristes qui profitent du paysage, la cohabitation est parfois délicate : les cyclistes doivent slalomer. Elles sont aussi souvent moins bien entretenues que la chaussée : de nombreuses personnes signalent des crevaisons à cause de petits éclats de verre ou de gravillons. Lorsqu’un itinéraire est direct, sécurisé, entretenu et adapté aux déplacements du quotidien, les cyclistes l’empruntent très majoritairement. Le problème n’est donc pas le manque de bonne volonté des cyclistes, mais l’absence d’un véritable réseau cyclable continu.
« à Millau, le vélo ne remplacera jamais la voiture »
Et personne ne le demande ! Imaginer une génération dont une partie se déplace à vélo, c’est aller vers des villes plus calmes, plus propres et en meilleure santé (40.000 décès par an en France lié à la qualité de l’air)8. Le taux de surpoids (49%) et d’obésité (17%) sont encore et toujours en augmentation en France. Malgré ca, personne ne vous forcera à vous mettre au vélo. Si vous faites partie de ceux qui habitent plus loin, sur le Larzac ou en péri urbain, sans transport en commun… le vélo n’est pas forcément pour vous, nous sommes bien d’accord ! On ne prévoit pas de monter la Pouncho en vélo tous les matins. En revanche, une fois derrière un volant, il faut reconnaître que l’on impose pas mal de choses : bruit, pollution, place de stationnement, espace sur la chaussée pour circuler et tous les dangers d’un choc avec un objet d’une tonne et demie. Le vélo prend 10× moins de place qu’une voiture, ne rejette pas de CO₂, coûte beaucoup moins cher et garde en forme. Moins de voitures pour les petits trajets, c’est plus d’espace, d’air pur et de liberté pour tout le monde — sans empêcher ceux qui en ont besoin de garder leur voiture.
Ce que nous demandons
Nous ne demandons pas une ville sans voitures. Nous demandons une ville où chacun trouve sa place.
✔ Des trottoirs réellement réservés aux piétons ;
✔ Quelques pistes cyclables sur les grands axes ;
✔ Un schéma directeur des mobilités cohérent incluant les axes vélos avec un calendrier précis et une vision long terme ;
✔ Une réglementation adaptée à la fréquentation réelle de l’hypercentre : le retour à la vitesse du pas, soit 6km/h et l’abrogation de l’arrêté actuel.
Ensemble, demandons une ville plus agréable pour les piétons. Plus sûre pour les cyclistes et plus fluide et moins stressante pour les automobilistes.
Comme chaque mois, retrouvez-vous à la Lunàvélo, la Critical Mass de Millau, pour une balade manifestive ouverte à tous.tes !
https://criticalmassmillau.fr/lunavelo-millau/
1 Selon l’article R 110-2 du Code de la route, l’aire piétonne est une « section ou ensemble de sections de voies en agglomération, hors routes à grande circulation, constituant une zone affectée à la circulation des piétons de façon temporaire ou permanente.
Dans cette zone, seuls les véhicules nécessaires à la desserte interne de la zone sont autorisés à circuler à l’allure du pas. Les piétons sont prioritaires sur ceux-ci. Les entrées et sorties de cette zone sont annoncées par une signalisation. »
En 2015, l’article R. 431-9 a précisé que « les conducteurs de cycles peuvent circuler sur les aires piétonnes, toujours à la condition de conserver l’allure du pas et de ne pas occasionner de gêne aux piétons ».
2 Arrêté ci-dessous. https://www.journaldemillau.fr/2026/07/31/dans-certaines-rues-de-millau-cyclistes-et-trottinettes-devront-mettre-pied-a-terre-13491345.php
3 Compteur Telraam, comptage exauhstif, 24h/24h. https://www.invd.fr/2026/06/23/telraam-decouvrir-facilement-la-vitesse-moyenne-et-le-nombre-de-vehicules-dans-votre-ville/
4 https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/les-pratiques-de-mobilite-des-francais-varient-selon-la-densite-des-territoires
5 https://www.fub.fr/droit
6 Enquête mobilité ADEME https://infos.ademe.fr/mobilite-transports/2025/mobilite-des-enfants-pour-leur-sante-changeons-de-regard-sur-leurs-trajets/
7 https://www.lamaisonduvelomillau.fr/wp-content/uploads/2026/07/cd12_52538_annexe_1_plan_velo_departemental-1.pdf
8 https://www.velomillau.org/
9 https://www.santepubliquefrance.fr/presse/pollution-de-lair-ambiant-nouvelles-estimations-de-son-impact-sur-la-sante-des-francais